L'ordre de l'Etoile de la Grande Comore, qui ne comportait au début qu’un seul grade, a été créé par le Sultan THIBE ACHMET (période de 1813 à 1875, date probable de sa mort en captivité) grand-père maternel de SAID ALI ben SAID OMAR.

SAID ALI, petit-fils du Sultan THIBE ACHMET, en lignée matrilinéaire, qui, désireux de conférer à cet ordre chez lui et à l’extérieur, une force et une notoriété que nécessitaient ses relations avec une grande nation comme la France. Par un firman en date du 1er janvier 1886, le Prince établit une réglementation complète de cette décoration ; il demanda au Président de la République de ranger parmi les ordres étrangers que les Français étaient autorisés à recevoir.

L’Ordre comprenait alors trois catégories de chevaliers :

  • Chevalier de la Simple Etoile : insigne suspendu à un ruban de couleur rouge avec une étoile blanche au milieu.
  • Chevalier de la Double Etoile : insigne suspendu à un ruban de couleur rouge avec deux étoiles blanches surmontées d’une rosette blanche également.
  • Chevalier de la Triple Etoile : insigne porté autour du cou par une cravate en ruban rouge avec trois étoiles blanches et un croissant de même couleur placés à 3 cm au-dessus de la croix sur chaque côté du ruban. (L’insigne est constitué par une grande étoile d’argent représentant l’insigne agrandi sans le croissant).

La décoration appelée « SAID ALI », était fabriquée artisanalement.

Les statuts, prévoyaient, qu’outre les fonctionnaires et magistrats comoriens remplissant certaines conditions d’ancienneté et de qualité de services et de grade, pouvaient être décorés, les Français ou les Etrangers qui (nous) auraient rendus des services exceptionnels ou (nous) seraient signalés comme ayant rendu les dits services à la France (notre) puissance protectrice. Les conditions de déchéance étaient également déterminées ainsi que les honneurs et prérogatives attachés à la qualité de chevalier de l’Ordre.


Ces statuts ont été à nouveau remaniés par le Sultan SAID ALI, le 1er août 1889. Ils reprenaient dans leurs grandes lignes les dispositions du firman du 1er janvier 1886 en précisant la description de l’insigne qui devint plus artistique et plus riche.

Un contingent annuel pour chaque classe était déterminé :

  • Chevaliers de la Triple Etoile : 3
  • Chevaliers de la Double Etoile : 12
  • Chevaliers de la Simple Etoile : 36

La décoration était décernée soit à titre militaire, dans la proportion de 2/3 du contingent, soit à titre civil, dans la proportion de 1/3. Les brevets délivrés aux Européens, Français ou Etrangers, étaient attribués sur la proposition du Gouverneur de Mayotte, et visés par lui.


Cette décoration, à l’époque, n’était pas reconnue par le Président de la République, malgré les demandes réitérées du Sultan SAID ALI ; demande renouvelée notamment dans l’article 6 du protocole préliminaire de sa renonciation à la souveraineté de la Grande Comore, signé à Tananarive le 12 septembre 1909.

Le 3 février 1910, au cours de son voyage en France à l’occasion de la cérémonie solennelle de son acte d’abdication au Président de la République française, le Sultan SAID ALI ben SAID OMAR, par une ordonnance en date du 3 février 1910, accepta de modifier la réglementation de l’Ordre (qui était resté en vigueur) en portant le nombre de classes à 5 :

  • La Simple Etoile correspondant au grade de chevalier,
  • La Double Etoile correspondant au grade d’officier,
  • La Triple Etoile correspondant au grade de commandeur,
  • La Grande Etoile de 2ème classe correspondant à la dignité de grand officier,
  • La Grande Etoile de 1ère classe correspondant à la dignité de grand croix.

Le ruban qui était rouge devint vert clair bordé de chaque côté par deux liserés blancs pour éviter une confusion avec le ruban de la Légion d’Honneur.

L’insigne devint un bijou qui allie artistiquement l’émail vert, l’argent, le vermeil et l’or dans un style arabe, marquée notamment par des caractères stylisés signifiant « SAID ALI » au centre et à l’avers de l’insigne et « NGAZIDJA » (Grande Comore) figurant au centre et au revers de l’étoile.

Les insignes des croix de chevalier, d’officier et de la cravate de commandeur se différencient par la présence d’une, de deux ou de trois petites étoiles en émail vert sur le croissant surmontant l’étoile. La dignité de grand-officier donne droit au port d’une plaque « crachat » de très belle facture. Egalement, la grand-croix se porte en écharpe. Les règles de port sont les mêmes que celles de la Légion d’Honneur.


SAID ALI mourut à TAMATAVE le 10 février 1916. La reconnaissance que l’on aurait dû accorder à cet Ordre aurait permis de satisfaire ce Sultan malheureux qui aimait la France.

Le fils aîné de SAID ALI, SAID ACHMET ZAKI reçut le titre honorifique de « Chef de la famille Royale de la Grande Comore ». En cette qualité, le Prince avait le droit de décerner la décoration. Il assura le titre de Chancelier de l’Ordre Royale de la Grande Comore de 1916 à 1955.

Le 14 avril 1942, le Ministre de l’Economie, Jules BREVIE, autorisait le port de cette décoration sur l’Archipel des Comores et à Madagascar, seulement à ceux pour qui un brevet avait été officiellement délivré. C’est-à-dire avec le visa et le timbre du Gouverneur Général de Madagascar et dépendances.


En 1949, le Comte de CHEVIGNE, Haut Commissaire de la République à Madagascar, conformément au vœu formulé par SAID ALI dans l’article 6 de la Convention du 12 septembre 1909, demandait au Ministre de la France d’Outre-mer le classement de l'ordre de l'Etoile de la grande Comore parmi les décorations décernées par le Gouvernement français.

Le Ministre subordonna son accord à 2 conditions :

  • Maintien de la modification de l’insigne et de la couleur du ruban conformément à l’Ordonnance du 3 février 1910
  • Maintien des règles d’attribution fixées par le Décret du 14 juillet 1933.

SAID ACHMED ZAKI, le Chancelier de l’Ordre, après consultation du Conseil de famille, ne s’opposa pas au classement sous réserve :

  • qu’aucune modification ne fût apportée au ruban et à l’insigne d’une décoration créée et dessinée par son ancêtre et qui demeurait, pour la descendance de celui-ci, un précieux symbole.
  • qu’un contingent de 50 % des attributions lui fût réservé.

L’affaire n’eut pas de suite compte tenu du refus de SAID ACHMET ZAKI de respecter les modifications de la décoration définies par l’Ordonnance du 3 février 1910.

Le Prince ZAKI continua cependant à décerner la décoration avec une prodigalité telle (300 par an) qu’elle risquait d’être dévalorisée, d’autant plus que seuls, étaient enregistrés, les brevets visés par le Chef du Territoire des Comores. Le Prince ZAKI mourut le 23 juillet 1955. Une période de flottement s’ensuivit durant laquelle la question de sa succession demeura en suspens.

Le 4 décembre 1959, lors d’un conseil de famille en présence des princes et princesses de la famille royale, le prince SAID HOUSSEIN ben Sultan SAID ALI, (demi-frère) de ZAKI, fut désigné chef de la famille et Chancelier de l’Ordre. Cette qualité ne lui fut pas immédiatement reconnue officiellement en raison du différend qui opposait les princes SAID IBRAHIM (demi-frère) et SAID HOUSSEIN. Durant la période 1959 / 1975, date de la mort de SAID IBRAHIM, des documents attestent que les deux princes délivraient simultanément des décorations de l'ordre de l'Etoile de la grande Comore ; certaines au nom de SAID HOUSSEIN, prince royal de la Grande Comore et chef de la famille Royale, et d’autres au nom du Prince SAID IBRAHIM ben Sultan SAID ALI, chef de la famille princière de la Grande Comore !

Durant cette période de flottement (1955 – 1959), aucune attribution de cette décoration ne fut effectuée et le classement de l’Etoile de la Grande Comore parmi les décorations décernées par le Gouvernement français fut de nouveau envisagé. Le 23 décembre 1957, Gaston DEFERRE, maire de Marseille et Ministre de la France Outre-mer (1956 – 1957) remit à SAID HOUSSEIN les diplômes et le registre de Chancellerie, côté et paraphé par la Chancellerie et le Cabinet du Territoire. Gaston DEFERRE, à cette occasion, fut élevé à la Dignité de Grand Croix de l’Ordre de l'Etoile la Grande Comore avec le n°1. Pour le Gouvernement français, SAID HOUSSEIN apparaît comme le successeur légitime de SAID ALI.

A partir de cette date, le prince SAID HOUSSEIN est officiellement confirmé dans ses prérogatives de chef de la famille royale de la Grande Comore. Depuis l’investiture du Prince, le 4 décembre 1959, on peut supposer que la réglementation concernant la couleur du ruban et le nombre de grades de l'ordre de l'Etoile de la grande Comore  sont définitivement acquis.


Le prince SAID HOUSSEIN ben Sultan SAID ALI, HOUSSEIN s’est porté volontaire pour participer à la grande guerre aux côtés de la France le 4 août 1916 au sein de la Légion Etrangère. Puis, le 25 octobre 1939, il se porte de nouveau volontaire pour participer à la deuxième guerre mondiale. Affecté à Madagascar, il persuade le commandement de mettre sur pied un bataillon comorien mixte (B.C.M) constitué de volontaires de l’archipel des Comores.

A la mort du Prince SAID HOUSSEIN, en 1979, La Chancellerie est confiée à son fils, le Prince SULTAN ben SAID HOUSSEIN, né en 1936. Le Prince, qui réside à Moroni continue à conférer l’Ordre de la Grande Comore.

Depuis la disparition du Prince SULTAN Saïd Houssein en 2007, son fils aîné, le Prince SULTAN SAID ALI devient chef de la famille royale et Grand Maître de l'Ordre de l'Etoile de la Grande Comore.


Au fil des années, les Sultans ont toujours conservé la nationalité française. Ils ont conféré, a titre étranger l’ordre à des Français. Cet ordre est resté un ordre royal et ne fut jamais classé au rang des ordres coloniaux.

Cet Ordre est reconnu par la Grande Chancellerie de la Légion d’Honneur.