Histoires des îles Comores

17 février 2013

Musique et Société aux Comores

 

 

Musique et Société aux Comores

Damir Ben Ali

Editeur : Komedit
Pages : 118

ISBN : 2914564155

 

 

 Résumé    
   
  «Au fil des siècles, ils (les Comoriens) ont exprimé leur pensée, transmis leurs expériences de la vie de génération en génération, exercé leur imagination et leurs talents artistiques et littéraires, presque exclusivement par le chant et la danse». Le chant en l’occurrence a permis de couler la mémoire collective dans du béton depuis des siècles, bien que tout ne soit pas écrit.

« Tous les événements saillants de l’histoire nationale et locale ». La fondation d’une dynastie, le couronnement d’un sultan, une éruption volcanique ou encore un coup d’Etat… le chant est le lieu par excellence où s’exprime le vécu et où se réinvente le monde dans cette société insulaire. Au départ dit-on fut le verbe. Chanté, celui-ci emporte avec lui sa « charge de poésie, de mythe et de légende » pour les générations à venir.

Chant et danse supportent aux Comores une musique aux influences éclatées, venues du monde entiers. De l’Afrique à l’Asie surtout, en passant par l’Europe. Le tout fait corps et mobilise hommes et femmes, séparément ou non, dans une volonté de renforcer les liens sociaux. C’est en musique que s’effectue la « célébration communautaire ». Profane ou sacrée, celle-ci influe sur les échanges entre les individus, les accompagne de la vie à la mort, va jusqu’à façonner l’espace de vie commune ou encore ramène l’égaré vers Dieu.

Damir Ben Ali, l’auteur, nous livre là un travail de longue haleine, dont s’inspireront sans doute les nombreux artistes de la scène comorienne actuelle pour réinventer leur forme d’expressions, leurs chants, leurs mélodies et leurs rythmes.

Fondateur et ancien directeur du CNDRS (le centre de documentation et de recherche scientifique), Damir Ben Ali est le président de la nouvelle université des Comores.
 
 

 

 Damir Ben Ali
 
   
 

Fondateur et ancien directeur du CNDRS (le centre de documentation et de recherche scientifique), Damir Ben Ali est le président de la nouvelle université des Comores.

 

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Damir Ben Ali


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Sur les comoriens : sont-ils arabes, africains ou métis ?

Au large des mers du Sud, entre le Mozambique et Madagascar, un archipel de quatre îles, habité par un peuple aux accents particuliers, dont on cerne assez difficilement la trajectoire des origines...

Il s'agit du peuple comorien. Un peuple que l'on retrouve à la fois dans l'espace francophone, arabophone, bantu, mais dont on ne connaît que très peu de choses finalement. Car qui sont les Comoriens ? D'où viennent-ils ? Est-il vrai qu'ils sont arabes et africains ou bien est-ce un fantasme identitaire de plus, qui servirait, comme à l'époque coloniale, à opposer les uns aux autres ? Y a-t-il vraiment, au-delà du religieux (l'islam) et du politique (une " démocratie autoritaire " bien souvent), une identité réelle qui fonde l'ensemble comorien ou bien la réunion de ces îles n'a-t-elle été, comme le suggèrent actuellement des séparatistes anjouanais, qu'une circonstance du hasard ? La tradition orale explique pour l'instant comment ces îles sont sortis des profondeurs de l'océan mais ne dit pas d'où vient le premier homme à mettre le pied sur cette terre volcanique. C'est ainsi qu'on raconte, à qui veut bien l'entendre, que c'est la bague de la reine de Saba, qui, par inattention, serait tombée en haute mer et aurait provoqué la première éruption à l'origine de ces îles.

Responsable du Ciciba aux Comores, anthropologue, Aboubacar Boina, développe, lui, la thèse suivante : " Je crois que le premier peuplement des Comores est un peuplement africain ". Historien, ethnologue et spécialiste de la tradition orale, Damir Ben Ali, lui, est beaucoup moins catégorique, beaucoup plus nuancé quant à l'origine du premier peuplement. Africains ou arabes, qui sont les premiers arrivants sur ces îles ? " En fait, il est difficile, avance-t-il, de parler de dates. Mais selon la tradition, les Arabes, qui allaient jusqu'à Sofala, au Mozambique, probablement vers le milieu du premier millénaire, avaient fait des îles Comores, qui, avant, n'étaient pas habitées, un dépôt d'esclaves. Donc, au départ, on peut dire que les Arabes et les Africains sont peut-être venus en même temps. Mais il semble que les Africains étaient plus nombreux ou bien restaient beaucoup plus longtemps dans le pays ".
Des esclaves africains, des négriers arabes. Les premiers plus nombreux que les seconds. Une situation qui expliquerait certainement, à bien des égards, la structure actuelle de la langue parlée dans ces îles. Une langue qui reste, malgré d'autres apports étrangers à la région, très ancrée dans les racines de l'Afrique bantu. Linguiste, Mohamed Ahmed Chamanga défend l'idée que le swahili et le comorien descendent de la même souche originelle, de la même langue mère : " Le swahili et le comorien, d'après les recherches récentes, se sont séparés aux alentours du 12ème siècle. La côte orientale de l'Afrique d'un côté et les Comores de l'autre, avec une évolution différente. Il y a eu par la suite l'influence arabe. Mais cela n'a pas affecté profondément la langue, qui est restée structurellement bantu. L'influence arabe est plutôt lexicale. Ce qui n'a pas beaucoup d'influences sur le plan de la structure. Il n'y a pas eu vraiment d'études approfondies là-dessus. On pense que 30% du vocabulaire comorien est d'origine arabe, 65% bantu. Le reste est d'origine diverse, soit hindi, soit un peu malgache, soit européen (surtout le français). Mais le fondement et la structure de la langue restent bantu. Il n'y a pas de doutes là-dessus ".

Les Comoriens sont-ils pour autant plus bantu qu'arabes ? L'historien Damir Ben Ali s'oppose à cette hypothèse qui divise inutilement. Selon lui, c'est plutôt d'une spécificité comorienne dans l'ensemble, dont il faudrait parler : " Les Comoriens n'entendent pas ce langage qui semble opposer l'Africain de l'Arabe. Les Comoriens sont contents d'être dans la Ligue Arabe. Mais ils sont aussi au Ciciba (Centre International des Civilisations Bantu). Vu de l'extérieur, on voit un peu une antinomie entre ce qui est arabe et ce qui est africain. Le Comorien ne sent pas de rivalité entre l'héritage culturel arabe et l'héritage culturel africain, puisqu'il est lui-même le produit de la rencontre entre ces deux cultures. Je crois qu'on peut parler à la limite d'une spécificité comorienne en Afrique et d'une spécificité comorienne dans le monde arabo-musulman. Disons qu'il existe une sensibilité comorienne dans ces ensembles ". Cette sensibilité ou " identité " (dit autrement) aurait commencé à s'établir, comme la langue, et parallèlement à la forte islamisation

de la population, vers le 12ème siècle. Et prendra encore plus d'ampleur, à partir du 15ème siècle.
La langue - il est vrai - est un élément fondamental... déterminant... dans l'équation complexe que constitue l'identité d'un peuple. Mais elle fait partie de l'histoire. Une histoire chargée. Celle des Comores se représente sous une forme bigarrée. Il y a eu l'Afrique. Il y a eu le monde arabe dans sa trajectoire. Il y a eu aussi d'autres apports. Au contact de l'Europe et de l'Asie. Avec la France, la Perse et l'Inde notamment. Mais si l'on focalise sur l'axe qui relie les Africains et les Arabes sur ces îles, c'est bien parce qu'ils posaient, en ayant été les principaux protagonistes de cette histoire dès le départ, une problématique identitaire, qui a longtemps exigé de la prudence dans sa résolution. Aboubacar Boina, anthropologue, nous brosse le constat suivant : " Je risque de me tromper. Mais je crois qu'avec l'islamisation des Comores, les Comoriens ont commencé à adhérer aux valeurs arabo-musulmanes. A partir du 19ème siècle, ce sont les sultanats qui avaient une emprise dans l'ensemble de la société comorienne. A partir de là, on avait tendance à prendre pour de l'argent comptant tout ce qu'on appelait islam, même s'il y a eu des mélanges, même si parfois il y a des confusions, même si parfois il y a des amalgames. Avec l'autorité des sultans d'origine orientale ou arabe, l'apport africain ne faisait pas recette ".

 

Avec l'islam dans une main, le commerce dans une autre, les Arabes avaient su, en effet, durant les premiers siècles de cohabitation, imposer leur culture en référent et ramener le pouvoir à eux. Ils se présentaient surtout comme les garants de la civilisation sur ces terres. Philosophe et enseignant, Ismaël Ibouroi nous donne son avis sur la question : " Il est vrai qu'il y a eu des moments comme celui-là. Mais c'est à la fois le signe d'une crise et la révélation d'une profonde bêtise. Lorsqu'on regarde la configuration des villes côtières comoriennes, il y a eu un fort brassage arabe, parce que les arabes sont d'abord des navigateurs. Ils ne sont pas venus de la forêt. Nous sommes des îles. Et ils ont été porteurs d'une grande idéologie, d'une langue, d'une religion... Ils ont réussi très vite à s'ancrer dans les Comores et à s'imposer rapidement, notamment dans les villes. Ils ont détenu une force financière importante, parce qu'ils étaient commerçants. On pourrait le dire aussi bien de l'Europe, puisque ceux-là ont été les premiers interlocuteurs des Européens. Ce n'est pas un hasard si les premières classes dominantes ici ont porté les noms de Saïd, de Mohamed, et rarement des noms africains au sens fort du terme. Ils portaient des noms à forte connotation arabe... Je ne révélerais rien, bien sûr, mais la politique est née de la Cité. C'est d'abord la police ".

La magie de l'histoire ayant opéré, un long métissage s'est quand même effectué au cours des derniers siècles et a donné naissance à la population comorienne d'aujourd'hui. Ismaël Ibouroi : " Ce qui est faux, c'est de croire que les choses se ont arrêtées là. Les Arabes ne se sont pas mariés avec des Arabes. Ceux qui venaient d'Afrique ne se sont pas mariés avec ceux-là même qui venaient d'Afrique. Il y a eu brassage. Des Comoriens arabisés se sont mariés avec des Comoriens africanisés. Et vice-versa. Cela a donné ce métissage, qui est à la fois la spécificité et la force des Comores. Personne, aujourd'hui, ne peut tracer son lignage, ni tracer sa propre généalogie. La linéarité historique est une linéarité biffée. Il faut peut-être bifurquer, parce que tout le monde ici, comme pour les grands arbres, s'est mêlé à tout le monde. Cela a donné ce que nous avons : des visages indescriptibles, difficilement localisables, en tous cas pour notre génération. Et j'espère que ces préjugés et ces mythes sectaires, je n'ose pas dire racistes, commencent à disparaître. Je crois que les sentiments sont les sentiments aujourd'hui. On ne regarde pas le visage. Mais on regarde ceux avec qui on peut s'entendre le plus. Et le brassage continue... "

 

Le problème n'est pas une question de couleur. Certaines familles, qu'elles soient considérées comme noires ou pas, spéculent sur leur appartenance à une noble lignée arabe, qui remonterait jusqu'au Prophète, même en étant incapable d'avancer le moindre argument étayant ce qu'ils disent, pour d'autres raisons, qui sont de l'ordre du prestige. Cette problématique " comoriens arabes/africains " ouvre la porte en effet à de très longs débats, orchestrés tous autour d'un déni sémantique. Pour dire civilisé en comorien, on dit " musta'arabu ". Sans vouloir aller trop loin, on peut noter la présence du terme " arabe " dans cette expression, qui s'expliquait par le fait que les plus grands lettrés comoriens, dans les siècles passés, étaient d'abord formés à l'école arabe et considéraient les pays du golfe comme étant le plus grand foyer de la civilisation. Par la suite, confusion aidante, il y a eu une cristallisation sur le sujet (musulman=arabe=prophète) qui a largement été utilisée dans la question du partage du pouvoir dans ces îles.

 

Soeuf ELBADAWI

 

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28 juin 2011

Sultanats Historiques des Comores

 

Sultanats Historiques des Comores

 

Montée de marche vers la citadelle de Mutsamudu-Anjouan

 

Les données archéologiques font remonter au VIII ème siècle le peuplement des Comores par l'homme, à partir de la côte orientale d'Afrique. Cependant l'histoire reste mal connue jusqu'au XIIIème siècle, où des shirazi, venus vraisemblablement de Kilwa, s'allièrent aux autochtones par des mariages et fondent des clans de sultanats et dominèrent les chefferies traditionnelles.

 

Le patrimoine culturel immobilier comorien est constitué notamment de sites archéologiques du XIIIème et XVIème siècle, pour les plus connus, de palais royaux, d'édifices religieux, de fortifications et de places publiques. Ces dernières, bien qu'elles existent également à Anjouan, diffèrent par leur conception architecturale de ceux de Ngazidja, lesquelles l'accès se fait par deux portes monumentales en maçonnerie, décoré de symboles. Iconi et Itsandra Mdjini sont les villes qui détiennent le plus de bangwe et de portes monumentales.

 

Les cinq villes présentées ici, certes de tailles sensiblement différentes, présentent le même ensemble architectural intérieur et extérieur dans leur espace bâtis, de ruelles étroites, de portes sculptées, de mosquées, de palais, de murailles de défense, de mausolées et d'espaces publiques. Elles ont été, aux mêmes époques de l'histoire des sultanats, reliés par des liens sociaux et familiaux ou séparés par des petites guerres internes de pouvoir.

 

Description  de la Médina de Mutsamudu (élément 1)

 

Mutsamudu, petite cité maritime du XIVème siècle,  est une ville très condensée, avec des ruelles très étroites et parfois couvertes. La vieille ville ou Médina comprend un ensemble de bâtiments d'habitation et de commerce, des palais princiers, des lieux de culte et des tombeaux de personnages politiques ou religieux. Cet ensemble est structuré par des ensembles de ruelles très étroites, généralement parallèles au rivage, reliées par des escaliers perpendiculaires. Les édifices ont subi diverses modifications, depuis leurs établissements à partir de XIVème siècle. Les palais dont celui de Ujumbé, réunissent toutes les caractéristiques architecturales traditionnelles. Les murailles qui protégeaient la ville contre les incursions n'existent qu'en quelques endroits.

 

La vieille ville de Mutsamudu possède une citadelle construire de 1782 à 1789 sur la colline de Sinéjou qui domine la ville. Cette forteresse est entourée d'une muraille crénelée et percée  de meurtrière flanquée d'un donjon de deux tours carrées qui selon Gevrey (1867) était surmonté d'un mât de pavillon. A proximité du Fort, dominant la ville s'élève une petite chapelle catholique de style hispanique. Une série d'escaliers de 280 marches relient la citadelle au palais.

Description  de la Médina de Domoni (élément 2)

 

Domoni est l'un des villages ancestraux du XIIème siècle. Elle possède encore des vieilles demeures princières d'une extraordinaire beauté. Un palais construit vers le XIIIème siècle est assez bien conservé. D'autres palais, dont trois du XVIème siècle, ont gardé leurs magnifiques panneaux à niches et leurs plafonds polychromes. Les murailles de défense subsistent encore un peu partout autour de la ville et recoupent la presqu'île qui protège le port.

 

Description  de la Médina d'Itsandra (élément 3)

 

 

Itsandra Mdjini est l'une des petites cités maritimes du XIVème siècle. Berceau de la civilisation swahilie, elle fut longtemps la capitale de Ngazidja et était dotée du premier port maritime. Cette ville regorge aujourd'hui de plusieurs attraits historiques et touristiques : une forteresse construit au XVIIème, reliée à la ville par une allée munie d'escaliers et bordée de part et d'autre d'une muraille de 130 mètres de long. Quelques morceaux de remparts qui entouraient la ville fortifiée, parsemés de trous d'observation, restent toujours visibles. On y trouve le Chingo nyamba, maison à toiture sous forme de carapace de tortue, du XIIIème ; la maison du Saint, Al Habib Omar Bin Sumet et plusieurs mosquées qui s'étalent du XIVème au XIXème siècle.

 

La ville possède également plusieurs places publiques, du XVIIème  et du XVIIIème siècle, entourées de portes monumentales et de bancs en maçonneries.

 

Description  de la Médina d'Iconi (élément 4)

 

Un des villages ancestraux du XIIème siècle, Iconi fut, bien avant la ville d'Itsandra, la capitale de l'île. Les ruines du palais des sultans de Bambao se dressent encore à cinq mètres de la mer. Sur le sommet de la colline se dressent encore les murs d'enceinte où se réfugiaient les habitants en cas de guerre. La ville regorge de ruines d'anciens palais et de places publiques bordées de portes monumentales très décorées.

 

Description  de la Médina de Moroni (élément 5)

 

Moroni, crée au XIVème siècle, est resté la capitale des temps modernes. La ville a perdu certains de ses monuments, transformés pour l'administration ou complètement rasés pour faire place à des nouvelles constructions pendant la période coloniale. Néanmoins, on trouve encore d'anciens palais, bien que toujours habités par des descendants de familles royales, qui ont pu gardé un certain cachet de l'époque des sultans. Dans le noyau central, la médina, les vieilles maisons de deux, de trois ou de quatre niveaux, sont collées les unes aux autres, ne laissant que des petites ruelles d'à peine un mètre, parfois couvertes. Plusieurs demeures gardent encore leurs belles portes sculptées en relief et les dalles de plaques de lave reliées au mortier de chaux, posées sur des poutrelles en bois décorées. Les vieilles mosquées, souvent de petites tailles, se comptent par dizaines, dans la médina. La  mosquée de  Vendredi, dont le mihrab porte la date de 880H/14/26, a subi de nombreuses modifications et des additions par adjonctions de salles accolées dans le sens de la largeur. La partie ancienne est reconnaissable par les poutres peintes de son plafond et par les colonnes polygonales.

 

L'ensemble constitué par la mosquée de vendredi et le port aux boutres constitue un exemple très caractéristique de la vie insulaire des Comores.

 

 

WHC

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13 mai 2011

Les notables du 21e siècle

 

damir

 

Le colloque du 4 au 5 mai, intitulé journées nationales de l’aménagement du territoire ou JOUNARAT semble, dans ses objectifs, renouer avec Frembwe d’antan.Le Ferewbwe est une assemblée des mafey , qui se réunit pour résoudre un problème susceptible de mettre en péril le consensus social. Le pays est aujourd’hui confronté à un problème foncier qui nécessite une réunion de grands notables   qui auront les compétences mafey. Le décideur économique  de l’histoire, le titre de fey , de fani , de bedja quand l’argent provenant des pensions de retraite des anciens combattants, des salaires de l’administration et des firmes coloniales, du maritime à longue  distance , est devenu  plus de visible et plus apprécié que le cheptel de bovins, des caprins et les produits vivriers locaux concurrencés par les produits importés . Le notable a conservé, cependant, autant que le bedja et le fey ou le fani des époques anciennes, une autorité morale et sociale unanimement reconnue en raison d’une connaissance approfondie du droit coutumier et de l’expérience sociale. A Ngazidja, il a été jusqu’à la veille de la veille de la révolution de 1975-1978, le garant intransigeant du patrimoine foncier.

Le droit foncier comorien

Les premiers villages sont habités par un seul matrilignage,  le fey est maître de toute la terre environnante, utile à la famille pour l’habitude, l’agriculture et le pâturage. Le manyahuli est né quand le village a groupé plusieurs matrilignages, c’est la propriété de chaque matrilignage ; Elle est indivise et aliénable à certaines conditions. Elle est transmise par les femmes aux enfants  de deux sexes ; à la génération suivante, les enfants des garçons  sont exclus du manyahuli.

Les sultanats ont enrichi le droit foncier

Au XIIIe siècle des familles sunnites venues de Kilwa Kisiwani avec des idées politiques nouvelles ont noué des relations matrimoniales avec les familles des chefs autochtones. Aucun de ces migrants n’a régné. Leurs  enfants ont hérité de la famille maternelle les pouvoirs économiques et politiques et ont engagé  dans chaque île, le processus de centralisation politique qui a abouti au XVIe siècle au règne des premiers mawana de Maore, de Mwali, de Ndzouani et au premier Ntibe de Ngazidja.

 

Des nouveaux besoins économiques, et de nouvelles règles de fonctionnement de la société ont conduit à la création des modes d’occupation du sol suivants :L’uswayezi comprend  toutes les terres qui ne sont pas manyahuli. C’est le domaine de l’Etat. Le sultan en exercice n’a pas de droit aux produits  du manyahuli de sa dynastie. Il exploite les terres  de l’uswayezi et habite le dahwayezi, la résidence de fonction. Il appartient au sultanat alors que le djumbe , la résidence des princesses royales, fait partie du manyahuli de la famille royale. Le nabi, est un bien foncier tombé en déshérence. Il est géré provisoirement par les autorités villageoises. Le sultan de l’attribue avec le statut de manyahuli à une famille du village ou à une femme  étrangère au village, amis qui s’y installe par mariage . Le wakfu est une  propriété inaliénable léguée à une institution religieuse ou d’intérêt social, ilest sous le contrôle de cadi.

 

Le milk, propriété privée, est introduite en même temps que l’institution du cadi, au dix septième siècle, à Ndzouani et à Mayotte, puis au XIXe siècle à Ngazidja par le sultan Ahmed dit Mwinyi Mku.

L’apparition du droit colonial

Les Comoriens ont perdu le contrôle de la majeure partie de leurs terres au profit des colons  et des Créoles de l’île Bourbon ( La Réunion ) à partir de 1844. Le 5 mai 1844, le Commandant Rang donne un mois aux habitants de Mayotte pour immatriculer leurs terres. Très peu nombreux ont pu le faire et les villages situés sur les bonnes terres sont déplacés pour permettre aux colons de créer les domaines de plantation et les usines. Le 25 avril 1847, le sultan Salim de Ndzouani concède au Britannique Willaim Sunley 5000 hectares de terres des paysans de Mpomoni. Le 14 février 1865, la jeune sultane , Djumbe Fatima de Mwali « concède à M.J.LAMBERT » «  toutes les terres qu’il voudra prendre pour mettre en valeur , dans l’île de Mohéli.

Le terrain situé dans le Sud et connu sous le nom Nyumachua et le terrain de Wala, situé dans l’Ouest seront seuls exceptés »

Le 21 juin 1878, les villageois de la région de patsy  comprenant les villages d’Igomeny, Condany et Naziminy, ont  été déplacés par Abdallah III, fils de Salim pour permettre  à l’Américain Wilson d’agrandir son domaine .

Le 5 novembre 1885, le sultan de Ngazidja , Said Ali , signe à bord du Boursaint, un accord commercial qui donne  à Léon Humblot le droit d’exploiter dans toute l’étendue de l’île toute richesse naturelle quelconque et toutes les terres qu’il voudra mettre en culture . Le 15 février 1900, un contrat de cession est passé à Dzaoudzi entre l’administration du protectorat de Ndzuani et le Français Jules Moquet pour l’achat  des 12000 ha, l’ensemble  de la presqu’île de Nyumakele ; les terres des villages sont incluses.

 

 

 

Damir BEN ALI

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01 avril 2011

Chronologie de l'histoire des Comores

 
Crédit photo : D.R.
 

 

IXe siècle. L'archéologie atteste une occupation humaine durable aux Comores.Mais on soupçonne que le peuplement commence beaucoup plus anciennement.Il est probable que les premiers habitants des Comores étaient originaires d'Afrique orientale.Il est possible que des " Proto-Malgaches ", en route pour Madagascar, aient séjourné dans l'archipel.En tout cas, un certain nombre de traits culturels comoriens (l'usage de la pirogue à balancier, certaines cultures tropicales, comme celles du bananier, du manguier, de la canne à sucre, etc.) ont leur origine en Asie du Sud-Est.

 

Xe siècle. Selon la tradition, Mohamed ben Othman aurait introduit la circoncision et l'Islam.

 

XIIe siècle. Les géographes arabes (comme Edrisi) mentionnent une " région de Qumr " et un " canal de Qumr ", proches des sources du Nil.On peut supposer que ces termes désignaient la zone du canal de Mozambique.Ils ont fini par s'appliquer spécifiquement à l'archipel des Comores.

 

Les Comores sont sans doute l'une des échelles du commerce arabe de la côte orientale de l'Afrique (or, ivoire, plumes, esclaves).On en trouvera un écho dans les contes de " Sindbad le marin ".

Comme Zanzibar, les Comores semblent être entrées dans la dépendance de Kilwa (sur la côte africaine, au sud de Dar-es-Salaam), où règnent des princes venus de Chiraz.

XVIe siècle. Des Portugais s'installent à la Grande Comore dans les toutes premières années du siècle.

1506. Arrivée d'une flotte, conduisant des " Chiraziens " (qui sont peut-être tout simplement originaires de Kilwa), sous l'autorité de Mohamed ben Haïssa.

Dorénavant, des manuscrits, notant - en caractères arabes - l'arabe, le comorien ou le swahili, permettent de reconstituer les généalogies des clans et des sultanats, au demeurant particulièrement complexes.

L'aristocratie chirazienne, qui entend contrôler le pouvoir, sera renforcée par l'arrivée d'autres princes venant de Zanzibar, du Yemen, d'Oman, de Mascate.Les conflits entre ces nouveaux arrivants et les populations anciennes seront longtemps vivaces, au point de mériter aux Comores le surnom d'" archipel aux sultans batailleurs ".

Par ailleurs, des Malgaches (Sakalava), conduits par Diva Mame, viennent s'établir à Mayotte.

Fin XVIe-XVIIe siècles. Les marins comoriens commercent dans l'océan Indien, entre l'Afrique et Madagascar, et jusqu'à la Mer Rouge.

Les pirates européens commencent à relâcher dans l'archipel.Les Comores, et particulièrement Anjouan, très accueillante, deviennent une escale très fréquentée.

XVIIIe siècle. Dans la seconde moitié du siècle, des flottes malgaches (composées surtout de Betsimisaraka et pouvant compter jusqu'à 18 000 hommes) viennent ravager les côtes comoriennes.Domoni (à Anjouan) est détruite en 1780 ; Iconi (à la Grande Comore) est prise en 1805, après des combats légendaires qui durèrent plusieurs jours.

Ces razzias, très dommageables, incitent les sultans à rechercher la protection des puissances européennes.

1803. Le Premier Consul Napoléon Bonaparte fait déporter à Mutsamudu (Anjouan) le général Rossignol et ses compagnons accusés d'avoir préparé un attentat .

1816. Le sultan Abdallah Ier, qui a construit la forteresse de Mutsamudu (Anjouan), pour se défendre contre les incursions malgaches, se rend à Bourbon pour solliciter la protection de Louis XVIII.

1828.Ramanateka, un Hova, vient, après la mort de Radama Ier se réfugier à Anjouan, avec une centaine de compagnons.Le sultan lui permet de s'installer à Moheli.Ramanateka y prend le pouvoir et, converti à l'Islam, en devient le sultan, sous le nom d'Abderahmane.

1841. Un traité signé par Andriantsuli, prince malgache réfugié aux Comores, qui s'est fait reconnaître par le sultan d'Anjouan le gouvernorat de Mayotte, cède la propriété de l'île à la France.En 1843, au nom de Louis Philippe, le commandant Passot prend possession de Mayotte.L'esclavage est aboli en 1846, mais les conditions de travail imposées par les planteurs créoles provoquent en 1856 l'éclatement d'une insurrection.

Les divers commandants français de Mayotte n'auront de cesse d'intervenir dans les affaires des îles voisines et de préparer leur annexion, pour soustraire l'archipel aux convoitises coloniales anglaises ou allemandes.

1848.Un consul anglais s'installe dans l'île d'Anjouan et cherche à y faire prévaloir l'influence britannique.Mais quand la Grande Bretagne tentera d'obtenir, en 1882, l'abolition de l'esclavage dans l'île, le sultan se tournera vers la France, dont il sollicite l'intervention.

1865. Le traitant Lambert, venant de Madagascar, où il avait été fait " duc d'Imerina " par le roi Radama II, obtient de la reine de Mohéli une concession exorbitante, " pour mettre l'île en valeur ".Soutenu par la marine française, il y séjourne jusqu'à sa mort, en 1878.L'île connaît alors une période d'anarchie, attisée par les manœuvres concurrentes de la France et de l'Angleterre.

1883.Léon Humblot, envoyé par le Muséum d'Histoire Naturelle de Paris pour étudier la flore et la faune des îles de l'océan Indien, se substitue à l'État français pour signer avec le sultan de Bambao, Saïd Ali, à la Grande Comore, un contrat qui lui concède terres et travailleurs à sa convenance, moyennant une redevance de 10 % des bénéfices.C'est le début d'une mainmise systématique sur l'île, qui jusqu'alors avait été déchirée par les rivalités innombrables des petits sultans locaux (Bambao, Itsandra, Badjini, etc.).

1886. Le gouvernement français impose à Anjouan, Mohéli et la Grande Comore des traités de protectorat, reconnaissant son droit de regard sur les affaires comoriennes.

1889.Humblot se fait nommer " résident " à la Grande Comore.Il met en place une compagnie coloniale, qui progressivement se ramifie dans toutes les îles de l'archipel et constitue un réseau d'exploitations agricoles (cocotiers, plantes à parfum) et d'entreprises intégrées verticalement (production agricole, usines de transformation, entreprises de vente en gros et détails, services divers) qui contrôlent toute l'activité économique comorienne : le système Humblot, favorisé par l'exiguïté du territoire et la passivité complice de l'administration, réalise la perfection et la caricature de la colonisation.

1892.Les Kabars (gouvernements locaux) étant supprimés, l'annexion d'Anjouan, Mohéli et de la Grande Comore devient une réalité, juridiquement entérinée en 1904.

1908. Mayotte et ses dépendances (c'est-à-dire les trois autres îles) sont rattachées par décret à la colonie de Madagascar.

1912.La loi du 25 juillet confirme cette annexion.La colonie comorienne a donc été successivement (et de manière plus ou moins théorique) rattachée à la Réunion (en 1816), à Nosy Be (entre 1843 et 1877), à la Réunion à nouveau (en 1896), pour devenir désor-mais une dépendance de Madagascar.Comme Tananarive est loin est que les budgets sont réduits, les Comores vont désormais vivoter, en accumulant les retards économiques et sociaux.

1914.Mort de Léon Humblot.

D'autres grandes sociétés se constituent.La Société Coloniale Bambao (qui a commencé en reprenant les terres du sultan d'Anjouan) rachètera même en 1938 celles d'Humblot.Ce sont ces sociétés qui façonnent l'évolution des Comores.Comme elles ont accaparé la plus grande partie du sol, la lente augmentation de la population commence à poser le problème de l'accès aux terres agricoles.Par ailleurs, ces sociétés privilégiant les cultures spéculatives d'exportation, les îles ne produisent pas de quoi nourrir leur population.

Pendant la période coloniale, les Comores fournissent des soldats et des marins à la France, exportent des fonctionnaires et des imams vers Zanzibar.Mais sous ce système colonial, la vieille société perdure, avec ses hiérarchies complexes, son droit particulier, ses observances religieuses maintenues.Notables traditionnels, chefs religieux, responsables de l'administration, employés des sociétés se côtoient, s'ignorent ou s'épaulent selon de secrètes connivences.

1946. Après avoir été occupées (en 1943) par les Anglais, qui souhaitaient les soustraire à l'autorité du Gouverneur " vichyste " de Madagascar, les Comores réintègrent juridiquement l'Union Française, avec le statut de " territoire français d'outre-mer ", qui consacre leur séparation d'avec Madagascar.Elles bénéficient désormais d'un statut évolutif, comportant un Conseil général, doté peu à peu de pouvoirs délibératifs sur des sujets non politiques.Une prudente réforme agraire est entreprise au début des années 50.

1956. La Loi-cadre " Defferre " introduit une plus large autonomie en unifiant le collège électoral et en organisant un Conseil de Gouvernement.Celui-ci est installé à Dzaoudzi (Mayotte), traditionnel lieu de résidence de l'autorité de tutelle, mais l'Assemblée siège à Moroni (Grande Comore).


1958. Les Comoriens se prononcent au référendum du 28 septembre pour le maintien de l'archipel au sein de la République française.

1961. La loi du 22 décembre organise l'autonomie interne des Comores, dont l'Assemblée nationale a désormais juridiction sur tous problèmes, hormis les Affaires étrangères, la Défense et la Justice.

La vie politique locale a d'abord opposé des regroupements flous, les " Blancs ", rassemblant les grands commerçants et leurs clientèles, autour de Saïd Ibrahim, et les " Verts ", c'est-à-dire surtout des fonctionnaires, autour de la forte personnalité de Saïd Mohamed Cheikh, député à l'Assemblée nationale à Paris de 1946 à 1961, président ensuite du Conseil de Gouvernement.Ces deux formations s'entendent pour se partager les responsabilités politiques.Mais les rivalités insulaires interfèrent avec ce système politique.Les notables de Mayotte fondent en 1957 le Mouvement mahorais, dont l'audience est multipliée quand, en 1966, le gouvernement de Saïd Mohamed Cheikh décide de transférer à Moroni la capitale du Territoire.


1963. Un Mouvement de Libération des Comores, basé à Dar-es-Salaam, lance le mot d'ordre d'indépendance pour l'archipel.La revendication est reprise par différents mouvements politiques.La répression d'une grève des lycéens de Moroni en 1968 précipite l'évolution.


1971. Saïd Ali, qui a succédé à Saïd Mohamed Cheikh comme président du Conseil de Gouvernement, tente une conciliation avec les Mahorais, mais la situation politique se dégrade.

1973. Ahmed Abdallah est porté à la présidence du Conseil de gouvernement avec le mandat d'obtenir l'indépendance de l'archipel.

1974. L'accord du 14 novembre 1974 prévoit l'organisation d'un référendum, qui a lieu le 22 décembre et qui connaît une forte participation électorale.95 % des votants se prononcent pour l'indépendance..., sauf à Mayotte où 65 % d'entre eux préfèrent le maintien dans la République française.La situation est délicate, et les autorités françaises temporisent.

1975. Le 6 juillet, le président Ahmed Abdallah proclame unilatéralement l'indépendance, ce qui entraîne la sécession de fait de Mayotte.

Le 3 août un coup d'État porte au pouvoir Ali Soilih, leader de l'opposition, agronome de formation, aux convictions socialistes et laïques affichées.Le régime révolutionnaire qu'il met en place se veut non-aligné en politique extérieure et radical à l'intérieur : dissolution de l'administration et de la fonction publique, remplacée par un système décentralisé ; lutte contre les traditions paralysantes, comme la coutume ostentatoire du " Grand Mariage " ou le port du voile par les femmes...Le nouveau pouvoir tourne vite à la dictature inconséquente et brutale.Le référendum de 1977 souligne la perte de prestige d'Ali Soilih.


1978 (12-13 mai). Des mercenaires, sous le commandement de Bob Denard, débarquent secrètement, arrêtent Ali Soilih, l'abattent au cours d'une tentative de fuite.Une junte rappelle l'ancien président destitué, Ahmed Abdallah.

Celui-ci, qui avait assis sa fortune personnelle sur le commerce du riz, nourriture essentielle des Comoriens, dont il contrôlait le monopole de l'importation, reste l'obligé de Bob Denard et de ses mercenaires.Nouant des relations commerciales importantes avec l'Afrique du Sud, dans l'espoir d'y trouver un soutien solide, il impose au pays un régime autoritaire et paternaliste, qui suscite une sourde contestation.

1979. La loi du 22 décembre proroge le statut particulier de collectivité territoriale défini pour Mayotte en 1976.

1989 (26 novembre).Le président Ahmed Abdallah est assassiné à l'intérieur du palais présidentiel.Tout indique que Bob Denard et ses mercenaires sont directement impliqués dans ce meurtre.

11 mars 1990 : Said Mohamed Djohar est élu président de la République. Il devient le troisième Chef de l'Etat comorien.

Septembre 1995 : Coup d'Etat par les mercenaires. Djohar sera déporté à l'île de la Réunion.

Octobre 1995 : Djohar retrouvera le fauteuil présidentiel.

Mars 1996 : Mohamed Taki Abdoulkarim est élu président de la République avec plus de 64% des suffrages exprimés.

Juillet 1997 : Anjouan et Mohéli agitent le drapeau sécessionniste. Les deux îles veulent se détacher de la République, accusant la Grande Comore d'avoir accaparé tout l'appareil étatique.

Novembre 1998 : Mort du président Taki dans des circonstances restées encore aujourd'hui obscures. Il venait juste de rentrer d'un voyage officiel en Turquie. Tadjidine Ben said Massonde, président de la Haute Cour Constitutionnelle, assurera l'intérim et nommera Abbas Djoussouf, une figure de l'opposition, Premier ministre.


23 avril 1999 : Accords d'Antananarivo sous l'initiative de l'OUA, la délégation anjouanaise ne signera pas le document et demandera un temps de réflexion pour consulter sa population.


30 avril 1999 : Le Colonel Azali Assoumani, chef d'état-major de l'armée, prend le pouvoir. Il suspendra ensuite la Constitution.


6 mai 1999 : Une Charte constitutionnelle sera élaborée et fera office de loi fondamentale de la République. Les îles seront placées sous l'autorité d'un gouverneur.


17 février 2001 : Signature des Accords de réconciliation de Fomboni en présence de la communauté internationale.

19 décembre 2001 : Des mercenaires, se faisant passer pour des agents de la FBI, ont débarqué dans l'île de Mohéli dans le noir dessein de déstabiliser le pouvoir du colonel Azali Assoumani. Certains seront abattus par l'armée nationale du développement (AND).

23 décembre 2001 : Référendum constitutionnel de l'Union des Comores, mettant fin à la République Fédérale Islamique des Comores et consacrant la naissance de l'Union des Comores.


21 janvier 2002 : Le colonel Azali Assoumani remet sa démission pour pouvoir se présenter à l'élection présidentielle comme stipulé dans la constitution. C'est le Premier ministre Hamada Madi Boléro qui dirigera la transition.

7 avril 2002 : Election des présidents des îles autonomes d'Anjouan et de Mohéli, respectivement Mohamed Bacar et Mohamed Said Fazul.


14 avril 2002 : Azali Assoumani est élu premier Président de l'Union des Comores


19 mai 2002 : Mzé Soulé Elbak est élu président de l'île de Ngazidja (Grande Comore).


26 mai 2006 : Ahmed Abdallah Sambi est élu président de l'Union des Comores


mars 2008 : opération militaire conjointe avec l'Union Africaine afin de déloger Mohammed Bacar qui refusait de quitter la présidence de l'île d'Anjouan depuis près de deux ans


17 mai 2009 : référendum sur le réforme consitutionnelle destiné à simplifier la struture politique du pays. Les présidents des îles deviennent des gouverneurs. 

 

 

Source:Eric TRANNOIS

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28 mars 2011

Les sources de l'Histoire: Histoire moderne et contemporaine

Dès le Xe siècle les sources écrites arabes relayées à partir du XVIe siècle par les sources européennes permettent une recherche historique critique beaucoup plus sûre et plus aisée. Les sociétés de l'océan Indien deviennent aussi des sociétés de ; l'écriture pouvant porter témoignage sur elles-mêmes. L'écriture arabe va être utilisée par les élites cultivées du monde swahili. On trouve donc des Chroniques, à Pâté, à Lamu, à Kilwa mais aussi, quoique plus tardivement aux Comores. On trouve également des textes religieux, ésotériques ou magiques en particulier à Madagascar les manuscrits arabico-malgaches : les sorabe des Antaimoro. Le sceau de Salomon, signe protecteur figure aussi bien sur les sorabe malgaches que sur les monuments comoriens*. Les modalités de ces textes sont variées. Certains sont rédigés en langue arabe ou en swahili. Souvent aussi ils sont en langue locale (malgache, ShiNgazidja, shiNdzuwani...) transcrite en alphabet arabe ce qui nécessite un certain nombre d'aménagements (signes diacritiques spéciaux) pour pallier les différences phonétiques. Les sources d'origine européenne sont soit manuscrites soit; imprimées en caractères latins. Les sources manuscrites concernent les livres de bord des navires, les actes officiels et privés, des comptabilités... et ne sont accessibles que dans des centres d'archives très éloignés des Comores. Les sources imprimées concernent des récits de voyageurs, de marins, de missionnaires, de marchands et d'aventuriers. Plus tard on trouvera aussi des rapports administratifs et des traités diplomatiques. On ne doit pas oublier aussi de mentionner les cartes marines puis terrestres. À ce matériel correspond une vaste bibliographie auquel il faut maintenant ajouter les sources iconographiques : gravures puis photographies. L'histoire peut enfin être complétée par l'étude systématique des traditions orales. La méthode de l'enquête historique sur traditions orales a été définie par J. VANSINA en 1961 : De la tradition orale : essai de méthode. Mémoire n°36 du Musée royal d'Afrique Centrale, Tervuren, 1961.
 
 
Le peuplement des Comores (IXe – XIIIe Siècle)Les civilisations dembeni-hanyundro
 
 
Le premier peuplement des Comores est à replacer dans le contexte général de l'océan Indien. Trois éléments ont interféré. D’une part, 1 arrivée sur le littoral est-africain, dans la partie que les Arabes appelleront la côte des Zendj, de populations de Bantou métallurgistes plus ou moins associées à l'ancien état de Shungwaya à l'est du Kenya. La révolte des esclaves Zendj en Mésopotamie en 694 montre indirectement qu'ils étaient présents et connus dès cette époque. Il s'agit d'autre part du peuplement austronésien de Madagascar. Cet empire des Wak-Wak débordait apparemment alors sur la côte est-africaine par des relations de rapines et de commerce. Cette expansion asiatique aurait émané de l'empire sumatranais de Srivijaya qui connut son apogée au Xe siècle et disparut seulement au XIIIe siècle suite à son islamisation.
 
 
 
Le Peuplement des Comores L'époque classique
 
 
À partir du XIIIe siècle il se produit une nouvelle structuration du pouvoir dans les cités swahili qui parvient au XVe siècle à la formation des sultanats. L'évolution a d'abord commencé en Afrique orientale,à Kilwa avec l'installation de la famille des Madhali originaires du Sud-Ouest du Yemen. Aux Comores l'évolution se fera autour de la famille de Mohamed ben Haissa, le premier « Chirazien ». Le XIVe siècle voit la généralisation de l'usage de la pierre. La maçonnerie à empilement de couches est remplacée par un appa- reillage de pierres disposées au hasard (opus incertum) mais des ornements en corail taillé : entrelacs et motifs cordés et plus tard des motifs en arêtes de hareng, (cf. détails du panneau 5 provenant de Mahilaka ou « Les portes de la paix à la Grande Comore (Fumbuni, Kwambani et Ntsudjini) » par P. VERIN et H. T. WRIGHT, 990, in Études océan Indien, n°11, Archéologie des Comores, pp. 173-177, INALCO, Paris). Les tombes sont décorées de panneaux et d'incrustations de céramiques chinoises ou persanes. Les maisons en pierres se composent régulièrement de deux pièces longues et étroites. Les céramiques importées sont surtout du céladon Yuan et Ming. Les perles en tubes remplacent les perles enroulées. L'importation de chloritoschiste de Madagascar cesse. La ville adopte le plan moyen-oriental : maisons à terrasses, parfois à étages, sans plan d'ensemble, agglutinées en médinas à ruelles étroites et obscures ayant pour centre de sociabilité la mosquée du vendredi.
 
 
La période coloniale
 
 
La colonisation des Comores s'opère en trois temps : Première moitié du XIXe siècle, prospection et premier traité : le traité de Paris de 1817 ayant ruiné la présence française dans l'océan Indien en ne lui laissant que l'île Bourbon (la Réunion) dépourvue de bon mouillage, la marine en cherche un meilleur, alors que les planteurs sont en quête de main-d'œuvre et de territoires à cultiver. Dès 1821 la petite île de Sainte-Marie fut réoccupée. En 1840 la reine de Nossi Be, TSIOUMEKO, cède son île à la France, son oncle ANDRIANTSOLI fait de même pour Mayotte le 25 avril 1841. La deuxième phase voit l'installation d'aventuriers qui signent avec les sultans des traités privés d'exploitation coloniale léonins : William SUNLEY à Anjouan à partir de 1847 puis, en 1864, Victor LOUMEAU en association avec le sultan d'Anjouan ABDALLAH III pour le domaine de Bambao. À Mohéli, Joseph LAMBERT signe en 1865 avec DJOUMBE FATIMA un traité qui le rend maître de l'île. En Grande Comore Léon HUMBLOT obtient en 1885 un accord com- mercial du sultan tibe SAÏD ALI qui concède d'énormes avantages à sa société, la S.C.G.C. (Société Coloniale de la Grande Comore). La troisième phase aboutit après le stade temporaire des protectorats officiels français passés séparément, île par île, en 1886 à la décision d'annexion en 1912. La colonisation se manifeste par des signes visibles d'appropria tion et de pouvoir : grands domaines coloniaux comportant des ins tallations de stockage et de préparation des produits : scieries, sucre ries, distilleries de plantes à parfum, villas des gérants de plantation, bâtiments administratifs de tous ordres. La structure architecturale des bâtiments anciens étonne par son caractère souvent massif et imposant : murs très épais, plafonds élevés, arcades, escaliers, murs blanchis à la chaux- un certain nombre mériterait d'être préservé et restauré. La colonisation a modifié l'urbanisme par des déplacements de main- d'oeuvre obligeant à créer de nouveaux villages ou de nouveaux quar tiers à plan en damier caractéristique. Elle a aussi modifié les paysages.
 
 
 
De la colonisation à l'éveil d'une conscience nationale
 
 
 Ngazidja, Ndzuani et Mwali, cette tutelle prend la forme de traités de protectorat stipulant l'installation de résidents français auprès des souverains des îles. «L'installation de ces agents put être menée à bien sans grande difficulté à la Grande Comore, ainsi qu'à Mohéli. Les princes régnants sur ces deux îles n'étaient que trop heureux de voir un représentant de la France venir cautionner en quelque sorte leur pouvoir chancelant » (J. Martin). A Ndzuani, la mise en place du résident français rencontra des résistances de la part des autorités locales, traditionnellement pro-anglaises, et où l'Américain Wilson, propriétaire du domaine de Patsi, voyait d'un mauvais œil la venue d'une autre colonisation. Le prince Othman se proclama sultan, et avec l'aide des paysans de l'intérieur, résista quelque temps aux forces militaires coloniales. A Ngazidja, un autre aristocrate, le sultan Hachim, oncle de Saïd Ali, s'efforça lui aussi de combattre le nouveau pouvoir qu'apportait le résident Humblot. Celui-ci, une fois le danger passé, dépouilla le sultan de ses biens et de son royaume, puis le fit exiler. A Mwali, les résidents français firent preuve de peu d'autorité ; la régence du sultan Mahmoud fut marquée par des troubles et la dernière reine, Salima Machamba, ne put exercer la direction du petit royaume mohélien. Alors qu'à Maore, la fin du XIXe siècle est marquée par la ruine du système de plantations, ruine consécutive à l'effondrement des cours du sucre de canne (concurrencé par le sucre de betterave européen), le développement des appropriations foncières va devenir considérable à la même époque dans les autres îles. Humblot réussit même pendant plusieurs années à cumuler les fonctions de résident de la Grande Comore avec celle de directeur de la Société « Humblot et Cie » ; il s'attribue 52 000 hectares, soit plus de la moitié de la superficie de Ngazidja. A Ndzuani, les planteurs Bouin et Regouin prennent le contrôle, en 1893, de l'ancienne propriété du sultan Abdallâh III, à Bambao, puis créent, en 1907, la Société coloniale de Bambao, avec le parfumeur Chiris qui, outre sa maîtrise industrielle, apporte le domaine Faymoreau de Kwambani (Maore). De son côté, Jules Moquet a acheté (à prix dérisoire), en 1900, 12 000 hectares dans le Nyumakele. En ajoutant les appropriations de Bambao à celles des domaines Moquet et les concessions de Sunley à Pomoni et de Wilson à Patsi, on observe que Ndzuani est alors possédé aux deux tiers par les étrangers. A Mwali, Humblot rachète, en 1909, le domaine Lambert qui fait plus de 5 000 hectares. La carte de l'inspecteur Norès (page 59) montre l'ampleur des acquisitions des entreprises coloniales dès 1907. A partir de 1912, l'archipel est complètement rattaché à Madagascar et administré comme une province éloignée et difficile d'accès. L'administration locale est d'ailleurs dotée de fort peu de moyens. La santé et l'enseignement sont négligés et les puissantes sociétés coloniales gèrent le pays et interviennent même dans les nominations ou les renvois des fonctionnaires (cas de Pobeguin). La Société Bambao poursuit son processus de concentration jusqu'au temps de l'autonomie interne :
— 1921 : rachat du domaine de Patsi ;
— 1923 : acquisition de la concession de Pomoni (Sunley) ;
— 1924 : reprise à Mwali de la concession Lambert ;
— 1938 : prise de contrôle de la Société agricole de la Grande Comore (domaine Humblot).
— 1948 : acquisition du domaine de Dzumonye à Maore.
Le développement des appropriations, à peu près incontrôlé au début de la colonisation, connaît toutefois quelque frein par la suite. Les Comoriens se révoltent, en 1915, à Ngazidja, mais aussi, en 1940, dans le Nyumakele où la concession Moquet avait inclus 30 villages enclavés, avec seulement 200 hectares au total pour subsister. L'administration elle-même réduit, mais avec trop de prudence, l'immense domaine Humblot à Ngazidja selon les étapes du tableau. En 1946, Saïd Mohammed Cheikh avait proposé la nationalisation des terres non cultivées. En pratique, l'occupation sans titre des cultivateurs («squattérisation») ne cessera de se développer, surtout au fur et à mesure de l'accroissement de la pression démographique. L'après-guerre voit aussi l'archipel retrouver une certaine individualité politique selon les étapes suivantes :
— 1946 : détachement de Madagascar et création d'un Conseil général,
— 1952 : transformation du Conseil général en Assemblée territoriale,
—1956 : création d'un Conseil de gouvernement, à partir de la Loi-Cadre, présidé par l'Administration supérieure de Dzaudzi (Ndzauze),
— 1959 : installation à Moroni de l'Assemblée devenue Chambre des députés.
Dans l’ensemble, la période coloniale a été marquée par des progrès économiques faibles, sauf dans les domaines des sociétés, mais l'Islam a été profondément respecté par les colonisateurs. L'influence française sur la vie politique et culturelle va se manifester davantage par la suite.


 
De l'autonomie à l'indépendance
 
1961, le président du Conseil du gouvernement, Saïd Mohammed Cheikh devient le premier personnage du Territoire avant le haut-commissaire.
 
Il s'efforce de faire élargir les compétences territoriales, surtout à partir de 1968. Cette période d'autonomie est marquée par un certain développement économique et social. Le réseau routier commence à être bitumé et les établissements d'enseignement ou hospitaliers se multiplient. Toutefois, parmi les territoires d'outre-mer français d'alors, les Comores sont les moins bien dotés, malgré leur population importante. Durant cette période d'autonomie, les mouvements Molinaco, puis Pasoco demandent l’indépendance, à laquelle se rallie la plupart des hommes politiques à partir de 1972. La déclaration franco-comorienne du 15 juin 1973 prévoit l'indépendance avant cinq années, mais cet essor politique dans l'unité est contrarié par les tendances sécessionnistes de Maore, tendances survenues depuis le transfert de la capitale de Ndzauze a Moroni.Le différend franco-comorien sur les modalités de la souveraineté entraîne le 6 juillet 1975 la proclamation de l'indépendance dont le principe est conforme au vote primitif à 95 % de l'archipel, en 1974. En 1975, dans un État laissé brusquement à ses propres ressources, la Métropole retire d’un coup son assistance budgétaire (6 milliards de francs comoriens sur 7 milliards de dotations) et le concours de ses assistants techniques. La brouille avec l'ancienne Métropole se prolongera jusqu'en 1978. Pendant cette période de trois années, Ali Soilih ente une expérience révolutionnaire qui se termine dans la désorganisation administrative et économique, mais aussi dans la contestation totale des coutumes et même croit-on, de la religion. Depuis sa création, la République fédérale islamique comorienne s'est assurée une place respectable dans le concert des nations et, notamment, auprès de certains pays arabes qui soutiennent, en même temps que l'ancienne Métropole, son effort de développement. Enfin, la quasi-unanimité des pays représentés aux Nations Unies appuie les résolutions relatives à la réintégration de Maore.
 
 
 
Source: CNDRS
 
 
 
 
 
 

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19 mars 2011

Le poete Mbaé Trambwé

 

Mbaé Trambwé, un poète engagé


Trambwé, le sultan-poète et philosophe est donc, on le sait maintenant celui qu’on nomme Mbaé Trambwé. Il est né vers 1735 et serait décédé en 1815. Son père est Ntibé Mlanao originaire d’Iconi, roi de Bambao et sa mère Mzadé Mmadjamou originaire de Koimbani mais qui a émigré à Iconi après son second mariage avec Ntibé Mlanao.
 
Il était poète. Il n’écrivait point bien sûr. Mais sa poésie était plutôt orale. On doit un grand hommage à Damir Ben Ali qui a réussi à marquer une étape importante de la poésie traditionnelle comorienne écrite en recueillant quatre-vingt-dix vers de Mbaé Trambwé dans Le Pohori.

 

 
Qu’écrivait-il Trambwé ? Mbaé était tout d’abord un homme engagé. Sa pensée fronçait des visages de certains et dérangeait beaucoup d’autres qui ne le supportaient plus et qui voyaient de lui une menace à l’égard de leurs intérêts le plus souvent politiques. C’est le cas de Fé Zinda, un roi pilier des Mafé Rémbwé.
 
 
Ce dernier réussirait à maintenir un pouvoir monarchique sur deux régions différentes dont le Mifoubou, un « fleuve » salé près de Chomoni et le village  de Ndroudé dans le Mboinkou. Selon les légendes, Fé Zinda avait l’habitude de torturer ceux qui le portaient en voyages. Une attitude et des pratiques que Mbaé Trambwé ne prouvait jamais dans son existence.
 
 
Il s’y insurge, y porte toutes critiques sous formes d’images allégoriques, métaphoriques et ironiques. Son engagement affiché contre Fé Zinda lui a valu être emprisonné plusieurs fois. Mais vouloir privé à un penseur la liberté en l’emprisonnant, c’est lui doter au contraire plus d’outils et moyens pour s’armer de plus. Car une fois l’être humain averti déchaîné, son physique encastré et enfermé, seul l’esprit occupe toute la place. Trambwé ne baissera jamais les mains quant à son engagement de combattre l’injustice pour  la liberté. En prison, il formula des messages bien garnis de toutes images et richesses de rhétorique destiné à Fé Zinda, le dictateur. En voici en quelque sorte quelques uns :
 
 
 
NDUDJU NGWAMBO YE YA HUMBA TSI FUMBU.
NGWAMBO BARI KE DJA WURA BAMBA
WE HWAMBA MAPASSI KA DJA WURA PESSI
SHA NGALI DJO WUWA SANTSA LI WURENGE
LI TSAYIHE WA TSOHOZI WWURENGE NA MBIMA »
 
 
Ces vers constituent un message adressé à Fé Zinda. En prenant le destinataire de la dépêche pour Ndudju, le poète a fort verrouillé son message. Ce qui fait d’ailleurs partie de son quotidien en matière de communication.
 
 
Le Ndudju c’est le gros poisson qui, grâce à l’eau de la mer est ce qu’il est. S’il arrive un jour à un poisson de nier ce fait pourtant réel, notamment la sécurité grâce aux eaux salées, aux rochers amortissant les vagues violentes, les conséquences d’une telle arrogance ne peuvent que lui être fatales : ces eaux l’abandonnent et arrivent à un niveau où le poisson ne peux être que la cible de ceux qui harponnent au filet. 
 
 
Suivant encore un peu plus loin sa réflexion, le poète s’adresse à Fé Zinda et déclare :
 
 
 
«BAHARI KENA MWE KEVU NIYO
NA KA PVANA MWENDA NADI YA DJWA SOWO
BA HATA MIMI MSA NKASI MENGO YA BAHARI
YE ZA HANGU MI TSAMI TSI ZAMA NO ZENGO KA ZIDJA LOWA
TSI HA PVO DJOUWU NO ZE NGO KA ZIDJA LOWA ».
 
 
 
 
 
 
Source:Koimbani.com

 Abdoulatuf Bacar

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22 février 2011

La Grande Comore et du Sultanat

L'ordre de l'Etoile de la Grande Comore, qui ne comportait au début qu’un seul grade, a été créé par le Sultan THIBE ACHMET (période de 1813 à 1875, date probable de sa mort en captivité) grand-père maternel de SAID ALI ben SAID OMAR.

SAID ALI, petit-fils du Sultan THIBE ACHMET, en lignée matrilinéaire, qui, désireux de conférer à cet ordre chez lui et à l’extérieur, une force et une notoriété que nécessitaient ses relations avec une grande nation comme la France. Par un firman en date du 1er janvier 1886, le Prince établit une réglementation complète de cette décoration ; il demanda au Président de la République de ranger parmi les ordres étrangers que les Français étaient autorisés à recevoir.

L’Ordre comprenait alors trois catégories de chevaliers :

  • Chevalier de la Simple Etoile : insigne suspendu à un ruban de couleur rouge avec une étoile blanche au milieu.
  • Chevalier de la Double Etoile : insigne suspendu à un ruban de couleur rouge avec deux étoiles blanches surmontées d’une rosette blanche également.
  • Chevalier de la Triple Etoile : insigne porté autour du cou par une cravate en ruban rouge avec trois étoiles blanches et un croissant de même couleur placés à 3 cm au-dessus de la croix sur chaque côté du ruban. (L’insigne est constitué par une grande étoile d’argent représentant l’insigne agrandi sans le croissant).

La décoration appelée « SAID ALI », était fabriquée artisanalement.

Les statuts, prévoyaient, qu’outre les fonctionnaires et magistrats comoriens remplissant certaines conditions d’ancienneté et de qualité de services et de grade, pouvaient être décorés, les Français ou les Etrangers qui (nous) auraient rendus des services exceptionnels ou (nous) seraient signalés comme ayant rendu les dits services à la France (notre) puissance protectrice. Les conditions de déchéance étaient également déterminées ainsi que les honneurs et prérogatives attachés à la qualité de chevalier de l’Ordre.


Ces statuts ont été à nouveau remaniés par le Sultan SAID ALI, le 1er août 1889. Ils reprenaient dans leurs grandes lignes les dispositions du firman du 1er janvier 1886 en précisant la description de l’insigne qui devint plus artistique et plus riche.

Un contingent annuel pour chaque classe était déterminé :

  • Chevaliers de la Triple Etoile : 3
  • Chevaliers de la Double Etoile : 12
  • Chevaliers de la Simple Etoile : 36

La décoration était décernée soit à titre militaire, dans la proportion de 2/3 du contingent, soit à titre civil, dans la proportion de 1/3. Les brevets délivrés aux Européens, Français ou Etrangers, étaient attribués sur la proposition du Gouverneur de Mayotte, et visés par lui.


Cette décoration, à l’époque, n’était pas reconnue par le Président de la République, malgré les demandes réitérées du Sultan SAID ALI ; demande renouvelée notamment dans l’article 6 du protocole préliminaire de sa renonciation à la souveraineté de la Grande Comore, signé à Tananarive le 12 septembre 1909.

Le 3 février 1910, au cours de son voyage en France à l’occasion de la cérémonie solennelle de son acte d’abdication au Président de la République française, le Sultan SAID ALI ben SAID OMAR, par une ordonnance en date du 3 février 1910, accepta de modifier la réglementation de l’Ordre (qui était resté en vigueur) en portant le nombre de classes à 5 :

  • La Simple Etoile correspondant au grade de chevalier,
  • La Double Etoile correspondant au grade d’officier,
  • La Triple Etoile correspondant au grade de commandeur,
  • La Grande Etoile de 2ème classe correspondant à la dignité de grand officier,
  • La Grande Etoile de 1ère classe correspondant à la dignité de grand croix.

Le ruban qui était rouge devint vert clair bordé de chaque côté par deux liserés blancs pour éviter une confusion avec le ruban de la Légion d’Honneur.

L’insigne devint un bijou qui allie artistiquement l’émail vert, l’argent, le vermeil et l’or dans un style arabe, marquée notamment par des caractères stylisés signifiant « SAID ALI » au centre et à l’avers de l’insigne et « NGAZIDJA » (Grande Comore) figurant au centre et au revers de l’étoile.

Les insignes des croix de chevalier, d’officier et de la cravate de commandeur se différencient par la présence d’une, de deux ou de trois petites étoiles en émail vert sur le croissant surmontant l’étoile. La dignité de grand-officier donne droit au port d’une plaque « crachat » de très belle facture. Egalement, la grand-croix se porte en écharpe. Les règles de port sont les mêmes que celles de la Légion d’Honneur.


SAID ALI mourut à TAMATAVE le 10 février 1916. La reconnaissance que l’on aurait dû accorder à cet Ordre aurait permis de satisfaire ce Sultan malheureux qui aimait la France.

Le fils aîné de SAID ALI, SAID ACHMET ZAKI reçut le titre honorifique de « Chef de la famille Royale de la Grande Comore ». En cette qualité, le Prince avait le droit de décerner la décoration. Il assura le titre de Chancelier de l’Ordre Royale de la Grande Comore de 1916 à 1955.

Le 14 avril 1942, le Ministre de l’Economie, Jules BREVIE, autorisait le port de cette décoration sur l’Archipel des Comores et à Madagascar, seulement à ceux pour qui un brevet avait été officiellement délivré. C’est-à-dire avec le visa et le timbre du Gouverneur Général de Madagascar et dépendances.


En 1949, le Comte de CHEVIGNE, Haut Commissaire de la République à Madagascar, conformément au vœu formulé par SAID ALI dans l’article 6 de la Convention du 12 septembre 1909, demandait au Ministre de la France d’Outre-mer le classement de l'ordre de l'Etoile de la grande Comore parmi les décorations décernées par le Gouvernement français.

Le Ministre subordonna son accord à 2 conditions :

  • Maintien de la modification de l’insigne et de la couleur du ruban conformément à l’Ordonnance du 3 février 1910
  • Maintien des règles d’attribution fixées par le Décret du 14 juillet 1933.

SAID ACHMED ZAKI, le Chancelier de l’Ordre, après consultation du Conseil de famille, ne s’opposa pas au classement sous réserve :

  • qu’aucune modification ne fût apportée au ruban et à l’insigne d’une décoration créée et dessinée par son ancêtre et qui demeurait, pour la descendance de celui-ci, un précieux symbole.
  • qu’un contingent de 50 % des attributions lui fût réservé.

L’affaire n’eut pas de suite compte tenu du refus de SAID ACHMET ZAKI de respecter les modifications de la décoration définies par l’Ordonnance du 3 février 1910.

Le Prince ZAKI continua cependant à décerner la décoration avec une prodigalité telle (300 par an) qu’elle risquait d’être dévalorisée, d’autant plus que seuls, étaient enregistrés, les brevets visés par le Chef du Territoire des Comores. Le Prince ZAKI mourut le 23 juillet 1955. Une période de flottement s’ensuivit durant laquelle la question de sa succession demeura en suspens.

Le 4 décembre 1959, lors d’un conseil de famille en présence des princes et princesses de la famille royale, le prince SAID HOUSSEIN ben Sultan SAID ALI, (demi-frère) de ZAKI, fut désigné chef de la famille et Chancelier de l’Ordre. Cette qualité ne lui fut pas immédiatement reconnue officiellement en raison du différend qui opposait les princes SAID IBRAHIM (demi-frère) et SAID HOUSSEIN. Durant la période 1959 / 1975, date de la mort de SAID IBRAHIM, des documents attestent que les deux princes délivraient simultanément des décorations de l'ordre de l'Etoile de la grande Comore ; certaines au nom de SAID HOUSSEIN, prince royal de la Grande Comore et chef de la famille Royale, et d’autres au nom du Prince SAID IBRAHIM ben Sultan SAID ALI, chef de la famille princière de la Grande Comore !

Durant cette période de flottement (1955 – 1959), aucune attribution de cette décoration ne fut effectuée et le classement de l’Etoile de la Grande Comore parmi les décorations décernées par le Gouvernement français fut de nouveau envisagé. Le 23 décembre 1957, Gaston DEFERRE, maire de Marseille et Ministre de la France Outre-mer (1956 – 1957) remit à SAID HOUSSEIN les diplômes et le registre de Chancellerie, côté et paraphé par la Chancellerie et le Cabinet du Territoire. Gaston DEFERRE, à cette occasion, fut élevé à la Dignité de Grand Croix de l’Ordre de l'Etoile la Grande Comore avec le n°1. Pour le Gouvernement français, SAID HOUSSEIN apparaît comme le successeur légitime de SAID ALI.

A partir de cette date, le prince SAID HOUSSEIN est officiellement confirmé dans ses prérogatives de chef de la famille royale de la Grande Comore. Depuis l’investiture du Prince, le 4 décembre 1959, on peut supposer que la réglementation concernant la couleur du ruban et le nombre de grades de l'ordre de l'Etoile de la grande Comore  sont définitivement acquis.


Le prince SAID HOUSSEIN ben Sultan SAID ALI, HOUSSEIN s’est porté volontaire pour participer à la grande guerre aux côtés de la France le 4 août 1916 au sein de la Légion Etrangère. Puis, le 25 octobre 1939, il se porte de nouveau volontaire pour participer à la deuxième guerre mondiale. Affecté à Madagascar, il persuade le commandement de mettre sur pied un bataillon comorien mixte (B.C.M) constitué de volontaires de l’archipel des Comores.

A la mort du Prince SAID HOUSSEIN, en 1979, La Chancellerie est confiée à son fils, le Prince SULTAN ben SAID HOUSSEIN, né en 1936. Le Prince, qui réside à Moroni continue à conférer l’Ordre de la Grande Comore.

Depuis la disparition du Prince SULTAN Saïd Houssein en 2007, son fils aîné, le Prince SULTAN SAID ALI devient chef de la famille royale et Grand Maître de l'Ordre de l'Etoile de la Grande Comore.


Au fil des années, les Sultans ont toujours conservé la nationalité française. Ils ont conféré, a titre étranger l’ordre à des Français. Cet ordre est resté un ordre royal et ne fut jamais classé au rang des ordres coloniaux.

Cet Ordre est reconnu par la Grande Chancellerie de la Légion d’Honneur.

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Suite Ngazidjia : pays et capitales

Le texte des Mdombozi montre que le roi ne gouvernait pas seul : il devait tenir compte de la représentation de son pays, qu’elle se fît sous la forme d’une assemblée de cités ou de manière moins formelle. C’est dans cet équilibre politique qu’a été élaborée la « coutume du pays » (mila na ntsi) encore respectée aujourd’hui dans toute l’île. L’ordre des cités dans le pays, qui se fait selon le même principe que celui des lignages dans la cité, structurait la représentativité et présidait vraisemblablement à la tenue des assemblées. La chronique laisse percevoir des degrés dans la capacité des assemblées à contrôler le roi : elle cite des cas de discussions sur son comportement et sa manière de régner, de condamnations du roi à un exil temporaire au profit d’un autre membre de son lignage, et un cas unique d’éviction définitive d’une maison du lignage royal. Le texte précise parfois les circonstances et les modalités de ces interventions. Ainsi, quand les « gens du Mbadjini » (waMbadjini) ne supportèrent plus la froideur d’un de leurs rois, qu’ils trouvaient blessante, ils engagèrent des pourparlers par l’entremise d’un citoyen de Fumbuni, « marié dans la maison du roi »16, qu’ils récompensèrent ensuite en lui offrant des bœufs. On lit aussi qu’il arriva plusieurs fois qu’un roi fût « banni (lavwa) par les waMbadjini » et exilé avec sa « maison » (sa mère et ses sœurs). Les motifs ne sont pas indiqués, mais les cas ne sont pas rares et la sanction semble facilement acceptée : le roi démis se réfugie chez son père, souvent roi lui-même dans un autre pays17. Enfin, les waMbadjini eurent à supporter un roi inique, qui avait tué son oncle maternel pour régner et faisait mettre à mort tous les enfants mâles de son lignage pour permettre à son fils (d’un autre lignage) de régner. Quand un de ses neveux, élevé en secret, fut en âge de régner, les waMbadjini assassinèrent le roi et maudirent sa maison, troisième branche du lignage royal, par une lecture du Coran. Écartés à jamais du pouvoir, ses maternels partirent dans la ville d’Itsandra où ils s’établirent sous un autre nom de lignage.

  • 18 De ce fait, lors du partage du bœuf sacrifié par les « sept Ngazidja » pour conclure la paix, le Mba (...)
  • 19 Voir n. 28.
  • 20 L’assemblée comprenait les chefs des grands lignages, y compris ses propres parents et alliés (Damir (...)

18-Cette mise à mort du roi entraîna une réaction au niveau supérieur, celui des waNgazidja, ou des « sept Ngazidja » (Ngazidja fukare), représentation de tous les pays de l’île. Les waNgazidja entrèrent en guerre avec les waMbadjini puis, devant l’égalité des forces, négocièrent la paix et leur imposèrent un très lourd tribut tout en reconnaissant leur supériorité militaire18. Les traditions gardent la mémoire de quelques assemblées de l’île entière tenues au temps des rois ; la dernière, réunie à Kwambani en 1890, avait pour but de destituer Said Ali, roi du Bambao qui avait pris le titre de Ntibe19 et avait signé un traité commercial avec la France en outrepassant largement son pouvoir20.

  • 21 Témoignage des habitants de Nyumadzaha en 1910. Délimitation de Hugues et Michaz 1910, Archives d’ou (...)
  • 22 Damir ben Ali, communication orale.

19-Une précision importante sur les relations entre les cités et les rois est mentionnée dans les archives coloniales21. Dans chaque cité, « les notables et hommes mariés », en somme les Hommes accomplis, devaient au roi un impôt annuel minime, identique pour tous et payé en nature ; il était perçu par un habitant de la cité qui remplissait les fonctions de mfaume kazi, littéralement « chef de rang », c’est-à-dire de la hiérarchie lignagère. On sait par ailleurs que les cités envoyaient des émissaires appelés wanadjumbe, « enfants du palais » assister aux conseils qui se tenaient au palais22. La référence à l’impôt annuel montre que, du temps des rois, la citoyenneté, entendue comme la capacité à délibérer des affaires publiques, était reconnue aux seuls Accomplis et, selon toute probabilité, aux seuls Gens de la terre.

  • 23 Grandidier et al. 1903, t. II : 364, passage en 1620 du général de Beaulieu à Ngazidja. Seul le roi (...)
  • 24 Seuls les hommes mariés pouvaient autrefois porter ce bonnet. Wanazikofia et wabaladjumbe sont les n (...)

20-Les rois se maintenaient face à leurs adversaires grâce à d’incessantes guerres et, jusqu’au recrutement de mercenaires au xixe siècle, seuls les Gens de la terre avaient le privilège de pouvoir combattre. Chaque cité fournissait son contingent de guerriers, des hommes mariés qui restaient à la disposition du palais ; ils étaient l’honneur de leur lignage, et les plus héroïques recevaient en récompense terres et esclaves, seule voie prestigieuse d’enrichissement. Menées aux bâtons pointus et aux jets de pierres, les anciennes guerres, dans lesquelles s’affrontaient des rois parents par les pères ou alliés matrimoniaux, étaient moins meurtrières que celles de la fin du xixe siècle, après l’introduction des armes à feu et l’importation de mercenaires africains ou malgaches23. D’après une tradition de cette époque, les guerriers moururent alors en plus grand nombre, et chaque maison dut envoyer à leur place des frères cadets non mariés, exposés à mourir alors qu’ils n’étaient que wanamdji (Fils de la Cité), un déshonneur pour leur mémoire et leur lignage. C’est pour parer à ce nouveau risque que l’on célébra plus rapidement le Grand Mariage des jeunes hommes, créant ainsi un nouvel échelon de classe qui prit le nom de wanazikofia « Enfant au bonnet islamique24 », alors qu’un véritable Homme Accompli est, autre terme le désignant, baladjumbe « Qui dort au palais » (Ali Mohammed 1989).

  • 25 Lorsque les prières de Mwanguvu, le mwalimu wa mdji de Fumbuni, permirent à la cité d’être victorieu (...)

21-Il existait aussi dans la cité des fonctions que seuls des Accomplis pouvaient assumer. Le mfaume wa mdji, « chef de village » ou « roi de la cité », réglait les litiges, veillait au respect des règles du ãda, échanges de biens coutumiers et manières de se comporter, et décidait des cérémonies religieuses protégeant la cité contre les esprits malfaisants (Ahamada 1989). Ce chef était sans doute le représentant de la classe dirigeante des Rois de la Cité. Un mwalimu wa mdji, savant religieux et devin, assurait les rituels protecteurs islamiques ou syncrétiques, la divination et les calculs astrologiques. Cette fonction rituelle se transmettait au sein d’un lignage. Au temps des royaumes, les plus grands walimu conseillaient les rois lors des guerres, des crises successorales et des mariages25. La fonction de hatwibu enfin, chargé de prononcer l’homélie du vendredi, était encore récemment dans les grandes cités le privilège d’un seul lignage, de rang élevé, au sein duquel se transmettaient les livres spécialisés contenant ces sermons.

  • 26 Dans certaines cités, les jeunes de même lignage dans la classe d’âge occupent à tour de rôle la pos (...)

22-Le principe de rotation de la charge de roi entre les branches du lignage royal limitait le pouvoir du souverain et fait apparaître en creux celui des cités. La fonction royale mfaume était détenue par un matrilignage. Alors que l’aînesse est une règle absolue pour la transmission matrilinéaire (Damir et al. 1985 : 49), le principe de rotation s’applique à l’exercice masculin du pouvoir dans la fonction royale, comme dans la fonction de « chef de rang » (mfomakazi) par exemple pour les lignages particuliers26. Puisque tous les frères utérins du lignage royal pouvaient prétendre régner, des rivalités constantes les opposaient : au xixe siècle, huit membres du lignage Fwambaya régnèrent à tour de rôle, en trente ans, sur l’Itsandraya. Un même individu pouvait régner plusieurs fois au cours de son existence. En revanche, rares sont, d’après les traditions, les cas d’usurpation où un roi transmet le pouvoir non pas au fils de sa sœur mais à son fils. C’est pour mettre fin à une telle tentative, motivée par la déshérence du lignage dynastique, que le Mbadjini annexa au xviiie siècle le Domba qui le jouxtait au nord. Les rois pouvaient également se sentir menacés par les lignages qui montaient en puissance grâce à leur vaillance guerrière, comme les Mkanga, waziri du Mbadjini. Mais ceux-ci prétendirent rarement à la position de roi, ils préféraient s’enrichir en exigeant à chaque victoire d’immenses terres : leur pouvoir consistait alors à faire et défaire les rois parmi les membres du lignage royal.

  • 27 À Ngazidja, on attribue l’origine du mot Ntibe au nom du deuxième roi de l’Itsandraya, Ntibe wa kand (...)
  • 28 Ntibe Mlanau, roi du Bambao, fut le premier au xviiie siècle « à disposer de toute la Grande Comore (...)
  • 29 Des mercenaires nyamwezi, recrutés en 1881 en Afrique orientale par les gens de l’Itsandraya après l (...)
  • 30 Le titre de sultan apparaît à la fin du xixe siècle dans les rencontres avec les Européens, par imit (...)

23-Cependant, la tendance vers une concentration du pouvoir sur quelques lignages royaux, qui s’est esquissée sur trois siècles, pose la question de l’issue qu’aurait pu avoir ce mouvement interrompu par la colonisation. Au xviie siècle, onze pays étaient dominés par huit lignages de rois ; au xixe, les pays n’étaient plus que sept, dont six aux mains de deux lignages rivaux. Les guerres opposaient des coalitions qui se formaient selon les liens de parenté patrilinéaire : pères et fils ou demi-frères paternels, alliés ou ennemis, qui devaient compter ensuite sur le soutien des riches lignages de waziri. Le roi dont la coalition était victorieuse prenait le titre de Ntibe27 ; dans les pays vaincus, il utilisait le principe de rotation et faisait régner ceux avec qui il était allié — politique et souvent matrimonial. Les coalitions étaient incessantes et changeantes et, au xixe siècle, seuls les rois de l’Itsandraya et du Bambao, qui dominaient quatre « pays » chacun, restaient en lice pour se disputer le titre de Ntibe28. Leur rivalité les entraîna à nouer des alliances avec l’extérieur et, pour renverser les équilibres politiques, à changer les règles de la guerre29. Le Ntibe en titre, Msafumu roi de l’Itsandraya, mourut en 1883 dans les geôles de Said Ali du Bambao qui avait joué la carte de l’appui français. Lors de la signature en 1892 du traité de protectorat, Said Ali fut reconnu par le Gouvernement français seul « sultan de la Grande Comore », les « sultanats particuliers » étant supprimés (Saleh 1983)30. On observe cependant que la réduction des lignages royaux n’a pas été suivie d’une unification des territoires, faute de temps peut-être car l’interprétation du rôle de Ntibe et des coutumes du pays par les derniers rois montrait une tendance hégémonique, grâce aussi probablement à la force des cités groupées en pays et à leur capacité de résistance liée à leur autonomie institutionnelle. L’identité politique des pays s’est trouvée ensuite involontairement renforcée quand leurs limites furent réutilisées par l’administration coloniale.

  • 31 Ils apparaissent sous la forme wa- (préfixe de personne au pluriel) accolée au nom de leur cité.
  • 32 Le Ntibe les faisait régner (tawalisha), acte de reconnaissance oral et devant témoin, peut-être imp (...)
  • 33 On lit dans le manuscrit de Said Bakar (Ahmed-Chamanga & Gueunier 1979) comment le roi Ahmed dit (...)
  • 34 « Nous, les hommes, il nous revient de régner, de cultiver et de construire des boutres » (Said Baka (...)
  • 35 « Les ministres achètent leur place et, n’étant pas payés, se payent en amendes, aussi que d’amendes (...)
  • 36 « Les cadis sont nommés à l’élection parmi les chefs de village et devaient autrefois être pris dans (...)
  • 37 En 1888, dans une lettre signée de quelques ministres, les « gens du Bambao » se plaignent de leur r (...)
  • 38 Après la mort de Msafumu en 1883, quatre rois se succédèrent au palais de Ntsudjini malgré le traité (...)

24-La dernière question que l’on peut se poser pour comprendre les relations entre rois, cités et pays, est celle de l’origine des richesses. Les sources attestent qu’au xixe siècle richesse et pouvoir étaient de plus en plus interdépendants : en raison du mode d’exercice du pouvoir, la richesse circulait entre les détenteurs des positions dominantes, qui accentuaient leur poids sur les producteurs dominés. En effet, le principe de rotation rendait précaire la position des rois, les obligeant à obtenir d’une part le soutien des « gens des cités31 », représentés par les « chefs de maisons matrilinéaires » (itswa daho) de la classe des Rois de la Cité, d’autre part à se faire reconnaître par le Ntibe32 : dans les deux cas, ils devaient distribuer des biens en échange de ces soutiens33. Malgré leur aspect institutionnel, ces libéralités nécessitaient des moyens économiques importants, et le roi Mwenye Mkuu du Bambao constatait au xixe siècle que bien des princes étaient prêts à se ruiner pour arriver à régner. Le lignage et la maison du prétendant mobilisaient les ressources de leurs terres, et finalement la possession de boutres apparut comme une nouvelle source de revenus34. Les waziri faisaient eux aussi des dons au roi pour être mis en place, car les prétendants issus de leurs lignages étaient nombreux35. Dans le Bambao, il y avait six lignages de waziri, cinq de la cité de Moroni et un d’Ikoni ; les kadhi (juges islamiques) et les chefs de village étaient également des membres de ces lignages dominants36. Ces notables des grandes cités abusaient parfois de leur pouvoir, mais ils avaient à se plaindre à leur tour des abus des rois, du moins le firent-ils à la fin du xixe siècle auprès des premiers résidents de France à Ngazidja37. On ne sait si les excès de pouvoir des grands sur les petites cités rurales étaient fréquents, car ils restaient méconnus et impunis, mais Moussa Saïd (1988) rapporte un cas datant du début des années 1890 : une jeune fille d’une grande beauté fut vendue comme esclave par le chef du lignage anciennement royal Fwambwaya38 qui avait besoin d’argent, et embarquée à Itsandra sur un boutre zanzibarite. De la même manière, le roi pouvait confisquer une plantation de bon rendement quand le paysan était d’une famille « inconnue au palais », c’est-à-dire sans défense

Suite....

Source: Sophie Blanchy

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21 février 2011

Ngazidjia : pays et capitales

Carte 3 – Ngazidjia : pays et capitales

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10-Certaines traditions présentent les changements introduits par les rois à travers trois nouvelles institutions : remplacement des anciennes offrandes des prémices de céréales par du riz et du bœuf ; mise en place d’une hiérarchie à douze rangs par le partage du bœuf ; instauration d’une division sociale, car le partage décrit est réservé « aux nobles des villes » (manuscrit de Said Hussein 1898, in Chouzour 1982 : 28-29).

  • 8 Recueilli auprès des membres de ce lignage, il a été traduit et édité par Kari-Ngama et al. 2002. (...)
  • 9 De l’arabe tâwwâla, « gouverner, administrer, régir ».
  • 10 Une nouvelle capitale fut également créée dans le Hamahame, « pays » situé au nord-est, où Mbeni rem (...)

11Le mythe fondateur du matrilignage Mdombozi des rois du Mbadjini8, « pays » situé au sud-est de l’île, est particulièrement intéressant car il éclaire les principes du nouveau régime politique : le statut supérieur du roi par son ascendance prestigieuse, sa qualité de guerrier imposant son pouvoir par la conquête territoriale, et celle d’« homme de la terre » appartenant à un ordre social différent des pêcheurs, enfin la relation d’alliance matrimoniale entre les rois des différents « pays » de l’île. Le récit rapporte que trois sœurs venues de Mdjumbi, une île engloutie d’après un mythe régional, abordent au sud de Ngazidja et épousent trois hommes. Ceux-ci deviennent les ancêtres éponymes des matrilignages, mais ne sont encore que des chefs dirigeant chacun leur cité. L’aînée épouse Mdombozi, un shirazi ; plus tard, son fils Fe Fumu, perdu pendant son enfance et recueilli par de simples pêcheurs du pays voisin, « reconquiert » à l’âge adulte le territoire du Mbadjini dont il aurait été spolié, en soumettant une à une douze cités du « pays ». L’apparition du nombre douze annonce l’institution du principe hiérarchique qui préside à tout partage ; le circuit de la conquête, qui débute aux villes frontières pour s’achever au centre, évoque la circumambulation rituelle encore organisée de nos jours pour la protection des cités. Il montre que le « pays » constitue bien une nouvelle entité (cf. médaillon de la carte 3). Victorieux, installé à Bangwa au centre du pays, Fe Fumu doit cependant composer avec les cités : il laisse en place les chefs Bedja, mais « lui, il est leur roi » et gouverne (tawaliya9) le pays du Mbadjini « en tant que roi » (ha ufaume). Le texte comorien dit qu’il « fait gouverner » (tawalisha) les Bedja : les termes employés suggèrent à la fois une continuité du principe du pouvoir dans la cité et le royaume, et une rupture révélatrice d’un certain jeu dans un équilibre négocié. Les premiers successeurs de Fe Fumu « donnèrent à la royauté (ufaume) tout son prestige (shewo) » par des institutions nouvelles : salutations particulières à l’adresse du roi, organisation de la maison royale, construction de la mosquée du Vendredi de la capitale, suppression des danses mixtes. La chronique décrit ensuite la création d’une nouvelle capitale sur la côte sud-est, Fumbuni, où sont représentées toutes les cités du Mbadjini : après y avoir construit trois palais (djumbe) pour les trois branches de son matrilignage qui régneront à tour de rôle, le roi invite les Bedja du pays à venir s’installer à ses côtés. Ces précisions sur la relation du roi aux Bedja peuvent être interprétées comme la création d’une assemblée de pays composée des dirigeants de chaque cité. Quand les traditions décrivent les actions des « gens du Mbadjini », waMbadjini, on peut comprendre qu’il s’agissait de cette représentation politique10.

12Les diverses versions de la fondation de Fumbuni font une part au rôle joué par la divination : la responsabilité de ces procédures incombe à Male, cité dominée par un lignage de walimu, devins et conseillers des rois du Mbadjini pour les guerres et les mariages. Ce lignage est toujours considéré aujourd’hui comme le premier de la cité.

  • 11 La division en douze se retrouve dans toutes les cités : certaines n’atteignent pas le nombre de dou (...)

13La suite du récit précise la relation politique que le roi institue avec les cités. Il organise, en un point central du royaume proche de l’ancienne capitale Bangwa, un partage de bœuf inaugural en douze morceaux grâce auquel il hiérarchise les cités du pays11. Fumbuni, la ville du roi, prend la première part et, dans sa ville, le roi, primus inter pares, prend lui-même le premier morceau. Mais il impose aussi son autorité dans le pays en instituant son droit sur le premier morceau des bœufs distribués dans chaque cité lors d’un arusi. C’est par ce rituel que les hommes mariés en Grand Mariage et devenus Accomplis obtiennent le statut de wafomamdji, « Rois de la Cité ». La description du partage du bœuf inaugural permet de lire la position respective des cités, non pas à l’époque où est situé le rituel de fondation, mais sans doute au xixe siècle, avant la fin des royaumes. On y voit le poids important de la cité royale Fumbuni — cinq des douze morceaux furent remis aux premiers lignages de la cité — et la répartition dégressive entre les territoires, ou les villes qui les commandent, et les simples cités qui composent le pays (cf. carte 4).

Carte 4 – Le Mbadjini : les cités et leur territoire

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  • 12 Comorien aziri, pl. waziri, de l’arabe wazîr qui a donné le français vizir : ministre, adjoint, seco (...)

14Le premier morceau revint au lignage du roi, en première position à Fumbuni. Le deuxième fut partagé entre des waziri, les uns de Dembeni, la deuxième cité du pays, les autres de Fumbuni12. Les waziri apparaissent dans les traditions historiques comme les représentants des lignages suivant immédiatement celui du roi dans la hiérarchie du pays. Une moitié du deuxième morceau revint « au Nguwongwe », territoire commandé par Dembeni où s’était installée la deuxième des trois sœurs fondatrices ; tout homme du Nguwongwe « qui avait de la fortune » pouvait prétendre à la fonction de waziri, en récompense du soutien apporté par ce territoire au premier roi. Une petite part devait être redistribuée aux cités de Ntsinimwashongo et Kanzile qui occupent le petit territoire de Mridju wa mbwani faisant partie du grand Nguwongwe. L’autre moitié revint au lignage Mkanga, lignage de waziri occupant le deuxième rang à Fumbuni, descendant de la troisième sœur fondatrice. Grands guerriers, alliés matrimoniaux des Mdombozi, ils tentèrent plusieurs fois de les supplanter ; ceux-ci leur concédèrent d’immenses terres pour se les concilier. Les trois morceaux suivants allèrent aux lignages qui suivaient les Mkanga dans la hiérarchie de Fumbuni (Djambani, Budaya et Mwanguwu). Un sixième morceau revint aux gens du Nyumagama, territoire qui comprend les villes de Dzwadjuu et Uziwani et fait aujourd’hui partie du grand Nguwongwe. Les autres parts enfin allèrent aux cités de Nkurani, Mohoro, Nyumamilima, Male, Shindini et Simbusa.

  • 13 L’ordre est le suivant : 1) Fumbuni, dont les habitants se targuent de fournir et de recevoir une pa (...)

15La hiérarchisation des cités en douze rangs constitue un système clos et apparemment figé ; en réalité cet agencement, comme celui des lignages, est potentiellement dynamique. Lignages et cités s’efforcent de tenir leur rang historique, mais, de nos jours, de nouveaux facteurs comme le développement économique peuvent modifier le classement. La hiérarchie actuelle du Mbadjini diffère de celle du récit fondateur13. Le principe de la base douze est repris dans l’organisation des sous-territoires dépendant de grandes cités. Ainsi, dans le Nguwongwe, les partages se font aujourd’hui selon l’ordre suivant : 1) Dembeni ; 2) Nkurani ; 3) Dzwadjuu ; 4) Domoni ; 5) Mdjakanywa ; 6) Tsinimwashongo ; 7) Dima ; 8) Panda ; 9) Uziwani. Trois villes qui ne figuraient ni dans le récit de fondation ni dans la hiérarchie du pays y ont une place : Domoni, Mdjakanywa, Dima, tandis que Kanzile et Mbude, étapes de la fondation du royaume, n’y apparaissent plus. Ces variations traduisent peut-être des moments de prospérité inégale des cités. La ville d’Uziwani, placée en dernier, revendique actuellement la troisième place : la nouvelle route bitumée qui la traverse et l’aide importante de ses migrants installés en France l’ont rendue plus puissante économiquement, ce qui lui permet de menacer le rang de Nkurani qui végète, isolée en altitude. Les petits villages ne figurent pas dans ces listes présidant aux rituels de distributions de biens. Les villages de pêcheurs, aujourd’hui présentés comme dépendant des cités pour une simple question de taille, étaient autrefois exclus de cet ordre puisqu’ils ne fournissaient pas de guerriers : seules les cités des Gens de la terre étaient prises en compte. Les anciens hameaux d’esclaves des champs (nommés itrea) sont ignorés.

  • 14 Les tombes à piliers furent construites sur la côte swahili du xiie au xviiie siècle.
  • 15 Certains informateurs disent que ces villages ne possédaient pas de mosquées ; il est probable qu’il (...)

16Un autre principe apparaît dans le classement des cités. Au temps des rois, on les distinguait selon qu’elles étaient « ville du pouvoir », « grande ville », ou « ville extérieure » suivant la traduction de Damir Ben Ali (1989 : 25). La mdji wa yezi, que nous préférons traduire par « cité du pouvoir », résidence du lignage royal, était caractérisée par une architecture monumentale de pierre, agrémentée de corail et de bois (Blanchy et al. 1989). La mosquée centrale présentait une décoration soignée (niche en corail sculpté du motif cordé à Ntsaweni, xve siècle). Distincte du « palais » des princesses (djumbe), la « maison [d’exercice] du pouvoir » (daho la yezi) pouvait avoir sa propre mosquée, comme à Ikoni ; dans sa cour, l’arche sculptée dite « de la vie sauve » jouait un rôle dans le rituel de protection des guerriers. Les tombeaux des rois morts dans l’exercice de leur fonction étaient marqués par un grand pilier cylindrique14, ceux des autres rois et des puissants décorés d’une stèle en pan coupé sertie de trois bols en céramique importés. Les midji mihuu, « grandes cités », avaient un pouvoir avec lequel le roi devait compter : les chefs de leurs grands lignages s’imposaient auprès de lui comme ministres (waziri). Bons guerriers et bons conseillers, ils étaient récompensés en terres. Les mdji pvo ndze, « cités de l’extérieur », étaient des villages ruraux dénués de caractère urbain (ho ndze signifie aujourd’hui « à la campagne »). Il est probable que ces petits villages ne possédèrent pas jusqu’à assez récemment de mosquée du Vendredi15, et que leurs habitants venaient prier dans la grande ville dont ils dépendaient. Ce dernier niveau d’établissement explique en quoi la traduction du terme mdji par « ville » est inappropriée.

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